La valse du Pouvoir - Forum RPG

RPG d'intrigue

Forum actuellement en Bétatest, merci de votre indulgence!

Gabriel Koenig [Terminée]

La valse du Pouvoir - Forum RPG :: Administratif :: Le registre :: Présentations validées


avatar
Message  Gabriel Koenig [Terminée]  par Gabriel Koenig le Dim 23 Sep - 18:37

Rang social / Titre : Le Renard d'Alève
Age : 33 ans
Métier : Commandant de la Légion
Situation familiale : Célibataire
Nationalité : Alévite
Divinité favorite : June
Gabriel Koenig

Nom :  Koenig
Prénom : Gabriel
Surnom  : Le Renard d'Alève par les étrangers, Seigneur des Batailles par ses hommes
Âge : 33
Groupe : Étranger
Nationalité : Alévite
Titres honorifiques : /
Profession : Homme d'armes
Situation familiale : Célibataire
Divinité favorite : June, comme la majorité des soldats, probablement.




Psyché

Comme beaucoup de grands dirigeants militaires, Gabriel est affublé d’un caractère en dents de scie, que certains qualifieraient volontiers de bipolaire.

Sortant des plus grandes institutions militaires d’Alèven, Gabriel est doté d’un solide sens tactique et stratégique, qu’il a pris soin de compléter et de perfectionner de ses nombreux voyages, au sein des différents peuples et cultures, et jusqu’aux confins de ce monde. Il en est également ressorti comme incapable de formuler des préjugés sur les individus, qu’il ne juge que par leurs actes.

Lesdits voyages, et son éducation aux frontières de la petite noblesse lui ont laissé un goût immodéré pour l’art, qu’il soit peint, édifié, chanté. C’est une des deux parties de la pièce : L’image d’un dandy hédoniste, qui n’hésite pas, lors des périodes de repos, à s’offrir des moments de faste, à lui et à ses hommes.

Pour autant, homme de principes, il ne tolère jamais, quel que soit le plaisir, l’excès violent ou qui pourrait troubler l’ordre. Il a les rapines et les pillages en horreur, même s’il peut y céder, en service commandé, si cela peut avoir un but autre que la violence gratuite.

Sorte de mélange cocasse d’homme de troupe et d’officier d’état-major, son schisme psychique se répercute plus ou moins partout.

Tous ceux qui le connaissent de réputation le nomment le Renard d’Alèven, faisant référence non seulement à sa patrie d’origine, que ce soit insultant ou flatteur, mais aussi à ses capacités impressionnantes à diriger ses troupes sur un théâtre de guerre. L’expression n’est d’ailleurs, pas vaine, puisqu’il met à la fois ses compétences martiales et ses connaissances culturelles au service de la stratégie, pour toujours l’emporter, que ce soit par la ruse ou par la force.

Et de l’autre côté, ses propres hommes ne l’appellent que par son titre honorifique de Seigneur des Batailles, sorte d’archange surnaturel, leur inspirant dévotion, loyauté et courage au milieu de la mêlée. A la pointe de l’assaut, épée et bouclier au poing, il lance la charge et ne se retire que quand il n’y a plus rien à pourfendre. Il mène ses soldats, les commande par l’exemple, mettant ses propres plans à exécution.
Et c’est bien là que se retrouve encore la dichotomie entre ses différents moments ; seul maître à bord, il ne souffre pas d’interférences dans le processus de décision. Il est le Renard d’Alèven, le Seigneur des Batailles. Son passé d’élève officier, ses penchants de dandy le rendent arrogant et fréquemment détestable quand se produisent ses sautes d’humeur.

Au milieu de sa troupe, cela n’est presque jamais arrivé : Pourquoi le remettraient-ils en question ? Gabriel leur apporte sang, honneur, argent, et plus que tout, encore, un vrai but. Dans un monde médiéval où les soldats conscrits sont légions, la place pour les professionnels est avec le clergé et la noblesse. Inquisiteurs et chevaliers, il faut être de sang bleu, selon lui, pour être reconnu.

Ceux qui se complaisent dans le combat pur, qui vivent par les armes, il les recueille et leur promet qu’un jour, le monde sera leur. Il exulte les passions des déçus et de ceux qui regardent vaillamment la mort en face.

Pour terminer, on évoquera son idéologie politique, plus que militaire, qui elle, est clairement établie : Eduqué par les Alévites, ayant grandi parmi eux, il ne peut pas être indifférent à la tentative de reconquête du trône par Alève VI. C’est un sujet de discorde fréquent avec les quelques subordonnés qu’il a et qui sont assez proches pour l’évoquer avec lui. S’ils seraient prêts à le suivre quels que soient ses décisions, Gabriel ne sait pas lui-même comment il placerait la Légion sur l’échiquier politique, si la Reine venait à sérieusement faire vaciller le pouvoir en place.
En attendant, il préfère se dissimuler derrière l’identité cosmopolite et hétéroclite de la Légion, acceptant les contrats d’où qu’ils viennent, pourvu qu’ils soient honorables, et bien payés.


Artéfacts : /
Physique : Gabriel commence à accuser la vingtaine d’années qu’il a passé à se battre, contre à peu près tout le monde. Éduqué sévèrement depuis le tout début de son adolescence, il est ironique de noter qu’il garde presque plus de séquelles physiques de cette période, plutôt que de ses batailles.

Compensant ses penchants hédonistes par un entraînement constant, il est difficile de juger qu’il est finement musclé ; plutôt trapu. Ses cheveux noirs, et sa barbe, quand il la laisse pousser, dissimulent à peine l’expression maussade qui ternit son visage la plupart du temps.

Si sa force n’est pas celle d’un colosse, sa résistance à la douleur est une des caractéristiques les plus remarquables chez Gabriel, qui a fréquemment montré des réactions invraisemblables face aux blessures qu’il recevait ; à moins qu’il ne s’agisse d’un trait courant chez ceux qui se sont battus toute leur vie.
Au combat, il se pare d’une armure légère ; si légère qu’il peut la dissimuler derrière une épaisse tenue de cuir, pour garder le plus de mobilité et de flexibilité possible. Il a simplement fait coudre une cotte de maille en dessous, sur son poitrail et dans sans dos, et s’est harnaché avec de fines plaques d’acier sur ses flancs et ses tibias. Son arme de prédilection est l’épée à une main, qu’il manie conjuguée à un solide bouclier ; les deux ne sont pas particulièrement fétiches ou de valeur sentimentale. Seulement bien entretenus.

Quand il reste à l’arrière, ou qu’il en repos, la tenue ne change que peu, mais elle est indubitablement plus légère, puisqu’il enlève les parties métalliques, et peu à l'occasion s'orner d'un manteau de fourrure.


Histoire


-Qui a commencé ?

Le précepteur se tenait droit devant son groupe d'enfants turbulents. La plupart sont couverts d'ecchymoses, et il y a même de petites traces de sang. Dans l'absolu, ce n'est pas grave ; cela montre qu'ils sont tous prêts à se défendre, et c'est une bonne chose. S'il y a bien une chose qu'il déteste plus que l'indiscipline, c'est la lâcheté. Il profitera donc de la situation pour leur apprendre une bonne leçon.

-C'est moi.

Un d'eux s'avance ; probablement parmi les plus sales et tâchés du groupe, les cheveux noirs, en bataille, le menton bien relevé, presque au garde à vous. Le tuteur s'attendait à un minimum d'hésitation quand il a posé sa question ; il n'y en a pas eu. C'est inattendu, mais pas désagréable pour autant.

-Bon. Et à cause de qui tout cela a démarré ?

Il le sait bien ; pour avoir été enfant également, ce sont deux choses différentes. Et il faut le leur rappeler. Il y a une juste sanction pour chaque délit. Cette fois, il y a quelques secondes de vide, avant une nouvelle réponse.

-Moi aussi.

C'est le même petit garçon qui a parlé ; celui qui s'était avancé. Il hausse un sourcil, déconcerté devant cette réaction qui ne fait pas sens à ses yeux. Dans les rixes enfantines, il y a celui qui provoque, et le provoqué.

Gabriel et son éducation dysfonctionnelle font exactement ce pour quoi ils sont faits. Il n'a pas menti, c'est lui qui a provoqué ses petits camarades, et c'est aussi lui qui les a frappés, les uns après les autres, tout ce qui se trouvait devant lui, il l'a tapé, griffé ou mordu. Par contre, ils ne s'attendaient pas à ce qu'il se dénonce, surtout pas pour les deux exactions en même temps.

Le précepteur est décontenancé, et n'arrive même pas à formuler une sanction plausible. Il renvoie tous les enfants dans la cour. Pis encore, Gabriel se dirige vers eux tous, chacun d'eux, et, à défaut de s'excuser, semble s'enquérir de leur état -comme ce qu'il aurait dû, lui-même, faire, à la réflexion- et de leurs égratignures.

Par toutes ces actions combinées, le petit Koenig a instantanément gagné le respect de tous ses camarades.

Quand une journée se termine, des grands frères, des parents, viennent récupérer leurs enfants. L'école est chère, mais elle est réputée ; tout le monde sait que les éducateurs y sont les meilleurs pour former aux plus grandes institutions d'Alève. Et comme tous les soirs, pour Gabriel, il n'y a personne.

Il soupire, mais intérieurement, il sait que ses parents sont occupés. La petite noblesse d'Alève l'est, toute entière. Entre ceux qui complotent nuit et jour, dans l'espoir vain que quelque chose en ressortira, que personne ne les remarquera et qu'ils pourront grappiller un peu d'influence, et ceux qui travaillent à redorer l'image du royaume déchu qu'est le leur ; il n'y a pas une goutte de temps libre. Et les finances, qui baissent, tous les jours, également, surtout celles de cette petite noblesse à laquelle ses parents appartiennent.

-Tu as fais quoi ?! Tu crois vraiment que j'ai besoin d'un fils avec une aussi mauvaise réputation ?

La gifle est retentissante ; la douleur, lancinante, sur toute la joue. Ses vertèbres lui font mal. Sa mère est autoritaire, une shaïm exigeante qui a su se hisser à la force de sa volonté dans la société alévite. Le mariage avec un commandant de la garde a pu également aider. Elle ne l'aime pas ; personne n'a besoin de le savoir. Quelle importance, au final, qui s'aime, dans ce monde ?
Lui, par contre, Michel Koenig, est un des meilleurs lanciers lourds de son temps, avec un nombre de cavaliers désarçonnés remarquable. Un peu brusque, son franc-parler l'empêchera toujours d'atteindre un grade plus élevé, au grand dam de son épouse, qu'il aime sincèrement.

-Selma, laisse lui un peu d'air, veux-tu ? Tu leur as mis une bonne correction, j'espère ?

-Oui, père.

-Bon, c'est bien, alors, fait-il, lui ébouriffant les cheveux avec une tendresse rustre typiquement paternelle.

-J'espère que tout ceci avait un but, alors. Si mon fils doit rentrer blessé à la maison, que ça serve à quelque chose.

Elle n'attend même pas la réponse succincte de Gabriel, son sempiternel "Oui, mère", qu'elle attendait de toute manière ; elle est déjà retournée s'occuper de ses affaires, et des affaires de la famille, de manière plus générale, puisque ce n'est pas son simplet de mari qui le fera. Selma leur a tourné le dos, et a balayé son affirmation d'un geste de la main, et se perd déjà dans les couloirs recouvert de peintures.

Il n'en prend pas ombrage ; il en a l'habitude. Son père lui apprend à donner -le cas échéant, à rendre- les coups, et sa mère lui apprend à faire en sorte que cela soit utile. Une éducation dysfonctionnelle, certes, mais utile. Déjà, à son âge, Gabriel entrevoit que tout cela lui sera nécessaire, plus tard.

-Qu'est ce que c'est, père ?

Plus tard, le jeune garçon pointe du menton un tableau dans la pièce centrale, celui qui est mis en évidence, parmi tous les autres (il ne comprenait pas pourquoi sa mère accordait une importance à l'art, qui était si cher, par rapport à des plaisirs plus simples et plus utiles).

-Ça, mon grand, c'est ton vieux père, avec sa troupe de lanciers, seuls contre une charge de kahadaris enragés et assoiffés de sang. C'était ce jour-là, quand nous avions été séparés de ...

Gabriel ne l'écoutait déjà plus, bien sûr, puisque, foncièrement, il avait déjà entendu cette histoire des centaines de fois, avec plus ou moins de détails, plus ou moins d'exactitude, et plus ou moins de points communs avec les versions précédentes. Non, à force de passer devant ce tableau -à chaque fois qu'il entrait chez lui, en somme-, il avait tenté d'en chercher un sens plus profond.

Pourquoi Selma, qui disposait bien sûr des lieux à sa convenance, avait-elle posé en évidence un tableau de commande, glorifiant un mari qu'elle n'aimait pas ? Et en toute objectivité, assez médiocre dans la forme. Gabriel sentait qu'il y avait une réponse, mais n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

-Alors ? Tu as compris ?

Quand il sortit de sa torpeur, Michel était déjà parti, et sa mère l'avait remplacé. Son air sévère l'avait quitté, et presque jamais, il ne l'avait vue ainsi (peut-être quand les finances étaient particulièrement bonnes, souvent grâce à ses petites manigances, par ci, par là), un regard calme et sérieux, presque planant.

Gabriel reposa ses yeux sur la toile, et tenta de percer à travers ses mystères. Soudain, tout lui apparut si clair.

-Les cavaliers se ressemblent tous, beaucoup trop pour que ce soit une simple fainéantise d'artisan. Je suis sûr qu'il n'y avait pas autant de kahadaris.

Elle pose sa main sur son épaule ; ce contact étrange, un geste qui semble d'affection, qu'il n'a jamais ressenti.

-Bien, Gabriel. En fait, il n'y avait qu'une dizaine de cavaliers ; ton père et sa compagnie de lanciers étaient presque cent, et à quelques centaines de mètres de leur corps d'armée. Mais ça, fit-elle en secouant légèrement la tête, ce n'est pas très important. Le peintre est vraisemblablement mauvais, mais, regarde, comme il semble avoir mis toute sa force dans son ouvrage. Un ouvrage, qui glorifie un élément somme toute mineur, exagéré, qui date d'il y a presque vingt ans. Tu vois, cela, Gabriel, ce sont les alévites.

Elle l'attira dans un des couloirs de la maison, et lui montra un autre tableau.

-C'est un de plus grands tableaux de maître shaïm. Inestimable ! Si c'était un authentique, bien sûr. La reproduction a été faite par un alévite, alors c'est plus compliqué. Mais regarde, tout de même. Tu vois le tableau originel, rempli de détails inutiles, de petites créatures, à peine visibles, en arrière-plan. Tu vois l'application, la dévotion du matériel, dans la forme des bâtiments. Et par dessus, la patte de l'imitateur, ou plutôt, de son peuple. Il ne peut pas être aussi bon que le Grand Saleem, bien sûr, mais regarde, cette force dans les traits -absente de l'originale- et comme il ne peut s'empêcher de rendre palpables toutes ces petites choses qui faisaient la subtilité du Maître.

Gabriel avait pu profiter de tous les conseils que sa mère lui prodiguait au compte goutte, quand elle était n'était pas furieuse de son comportement. Il avait su en tirer profit, pour devenir ce qu'il voulait être, un leader, bien sûr ; par tous les moyens nécessaires.

Mais cela, ce savoir là, contenu dans une si petite surface de tissu, un tissu avec si peu de valeur monétaire, par ailleurs, était en réalité aussi inestimable que celui qu'il copiait. Les yeux du jeune homme se mirent à briller un peu plus à chaque fois qu'elle lui expliquait ce qu'il pouvait en comprendre, et comment s'en servir.

Maintenant, il savait pourquoi Selma avait placé ce tableau dans l'entrée. Et, par dessus tout, il sut qu'il disposerait toujours, grâce à l'art, d'un moyen supplémentaire de parvenir à ses fins.

-Aspirant Koenig, dans mon bureau, tout de suite.

Pour quelle raison est-il convoqué cette fois ? Il a déjà bien purgé sa peine pour l'ersatz de mutinerie qu'il a déclenché contre les méthodes de leurs instructeurs. Gabriel se repasse les derniers jours en tête, rapidement, sans rien trouver de concluant ; à moins, fier, pense t-il, que ce ne soit pour le féliciter de ses notes, à la fois dans les examens pratiques et théoriques, toutes excellentes, par ailleurs.

-Navré de devoir me montrer si abrupt, Koenig, mais il n'y a pas de bonne façon d'annoncer cela. Vos parents ont été condamnés à mort.

L'annonce lui fait l'effet d'un coup dans l'abdomen, sa respiration s'arrête momentanément, puis elle saccade. Est-ce seulement vrai ? Il peut s'agir d'un bizutage particulièrement noir, destiné à le recadrer. Ou alors, un songe ?
Mais le silence s'installe au fur et à mesure qu'il reprend son souffle, et il ne se réveille pas. Alors la seule conclusion possible s'impose d'elle-même : c'est bien vrai, et l'unique question qui demeure, c'est "pourquoi ?".

Au fil des années, Gabriel ne pouvait le nier, la famille Koenig s'était enrichie. Pas au point de tutoyer la cour, car c'était presque impossible à moins d'un coup d'éclat majeur, mais suffisamment pour ennuyer la véritable noblesse. De plus, la peine aurait probablement été moins sévère si cet enrichissement n'avait été le fait des malversations diverses de Selma Koenig.

Pour autant, cela faisait près de trois ans qu'elle n'avait plus eu besoin de faire quelque coup pendable que ce soit ; ainsi, se pensait-elle définitivement à l'abri du besoin, et de la justice.

La triste vérité était qu'elle servirait d'exemple : les preuves, bien que tardives, avaient été réunies, et la coupable, désignée. Les manigances politiques ne seraient plus tolérées en Alève.

Au delà de ça, les cercles les plus restreints d'Alève avaient découvert que Selma faisant passer presque tout ce qu'elle pouvait à un noble d'Alévia, pour des motifs qui leur échappaient : ils ne découvriraient jamais qu'elle voulait en fait faire passer son fils en Alévia pour retire à Alève son potentiel militaire. D'ailleurs, Gabriel ne le sut jamais non plus, puisqu'elle avait pris un soin tout particulier de détruire les preuves matérielles de ses actes, afin de ne pas le condamner à sa suite.

L'information ne fut pas rendue publique, à la fois pour n'encourager aucun successeur à sa traîtrise, et pour limiter les répercutions sur leur réputation inébranlable.

Pour ne pas faire de vague vis à vis de leurs voisins shaïms, ceci dit, il avait été décidé d'accuser Michel également, qui, c'était sûr, ne chercherait ni à se soustraire au jugement, ni à le contester.

La perte d'un officier compétent serait toutefois dangereuse à imposer de force à la caste militaire (qui, si elle se mêlait à la noblesse, avait ses particularités et ses mœurs bien à elle), raison pour laquelle, en concertation (pour tout le pouvoir décisionnel dont ils disposaient) avec les deux prévenus, afin de définitivement les faire taire, il fut décidé que le jeune Gabriel serait épargné à condition qu'il termine ses cours militaires et montre la même hardiesse que son père, une fois arrivé, à terme, à son poste.

Cette faveur avait bien sûr un prix (quand bien même elle arrangeait en soi les juges) : le dernier des Koenig se verrait dépossédé de la majorité des biens familiaux, ne laissant que le strict nécessaire à la poursuite de ses études, en réparation des crimes commis par ses parents. Le prétexte était à peine voilé, mais qu'importe, il n'y avait aucune place pour la négociation.

Quand sa mère lui expliqua la situation, enchaînée et derrière les barreaux de sa cellule, Gabriel ne sut trop comment répondre, espérant trouver une ultime solution à ce problème qui devait, par définition, en avoir une. Il chercha dans sa mémoire, des exemples de stratégie qui pourraient s'appliquer dans le domaine juridique, ou dans les tableaux, qu'il avait si souvent étudiés.

Il soupira, résigné.

-Il n'y a qu'une seule solution, Gabriel. Ce n'est pas un tableau, mais une sculpture, dans mon bureau.

Cédant momentanément à la colère, il buta violemment dans une motte de terre et cogna son poing contre une des barres en acier.

-Assez, mère ! Assez de moralité cryptique, et de sermons sibyllins !

-Surveillance ton langage avec moi, jeune homme, car pendant une heure encore, je suis toujours ta mère. Quand je te t'ordonne quelque chose, tu me feras le plaisir d'obéir. Tu veux une solution ? Je te l'ai indiquée.

Il lui fallait prendre une décision rapide pour sauver ses parents. Une heure, c'était à peine le temps nécessaire pour l'afaire l'aller-retour entre leur maison et les geôles. Mais s'il devait s'en référer au sérieux de sa mère, la solution qu'elle offrait était si tonitruante qu'on serait bien obligé de l'écouter. Des preuves irréfutables, des documents, des noms.

Elle le congédia d'un geste de la main et détourna le regard, conservant toujours son port altier et digne. Gabriel fit le trajet aussi vite qu'il put le faire, et fonça à travers la porte fermée à clé, dans la pièce qui lui était traditionnellement interdite.

Il trouva en effet ce qu'il était venu chercher. Une solution au problème.

Le trajet retour se fit plus rapidement encore, mais ce fut trop tard.

En arrivant sur la place, Gabriel vit son père déjà pendu à l'échafaud, au bout de la corde, le corps dans le vide. Et il tourna la tête vers sa mère au moment où ils actionnèrent le mécanisme qui aurait raison de sa nuque. Pas un bruit, dans la foule ; uniquement le bruit du cordage qui tanguait.

Ce moment très précis fut celui où il compris, selon les souhaits -prévus avec un timing parfait, comme toujours- de sa mère, l'importance de ce qu'il avait découvert dans son bureau.

Façonné par un sculpteur alévite, le portrait du Roi Maël Coeurvaillant trônait au milieu de la pièce. Contrairement aux peintures, subtiles et complexes, son examen avait été bref, et aisé : la technique était parfaite. Mais elle reflétait deux émotions à la perfection, deux émotions absentes des autres oeuvres alévites. Rancœur. Et désir de vengeance.

-Les meilleurs notes sont attribuées à ...

Gabriel n'écoute pas. C'est, désormais, la même chose à chaque fois. Ses performances sont les mêmes ; elles sont mêmes meilleures. Il est meilleur qu'eux tous, sans exception. Mais tous prononcent son nom aussi peu que possible. A moins d'une nécessité imposant d'interpeller un patronyme disgracié de la pire des façons qui soit.

-Les récompenses de cette mi-année sont attribuées à ...

Stratégie, tactique, commandement sur le terrain, combat, logistique. Koenig reste au garde à vous dans la cour pendant que les professeurs listent les meilleurs élèves de sa promotion. Les cours défilent dans son regard. Il travaille plus, plus fort, plus vite, mieux. Pas une seule fois, on ne le félicite.

-Les meilleurs élèves sont ...

Tous les soirs, à défaut d'attendre des parents qui ne sont jamais venus, et qui ne viendraient plus jamais, il rentre seul, dans une immense maison, vide de toutes ses richesses passées. Il déambule dans les couloirs, son imagination recréant les tapisseries, les toiles, les sculptures.

Avec le peu d'argent qu'il a, il s'essaye à l'art, lui aussi. Pourquoi pas, après tout ? Mais chaque toile est gâchée, gâchée par un sentiment de culpabilité. Et ce n'est pas parce qu'il a laissé ses parents mourir ; il a compris depuis longtemps que rien ne pouvait être fait contre ce jugement. Il se sent coupable, parce qu'il n'a pas encore terminé le travail qu'il avait à faire. Le dernier travail ordonné par une mère abusive et violente.

-Le major de la promotion est ...

Ce devrait être lui. Il sent, il voit, dans leurs regards à tous, qui évitent soigneusement, mais non sans peine, de se poser sur lui, qu'ils le savent également. Tous, autant qu'ils sont, professeurs, élèves. Terrifiés qu'il puisse dire ou faire quoique ce soit qui pourrait entraîner sur leur famille un sort similaire à la sienne.

Son éducation est terminée en Alève. Il est dernier, selon la liste officielle de l'école. Mais il n'a plus à subir leurs regards, leur pitié ou leur crainte. Autour de lui, la cour se vide. Le dernier de la promotion est aussi le dernier à partir. Gabriel n'a plus à rien à apprendre ici, de cette culture, de ce peuple, dont il est le digne représentant. Les alévites, emplis d'amertume, rancuniers, bellicistes.

-Je ne voulais pas ! Ce n'était pas ma décision, c'était celle de...

La morgenstern s'abat sur son genou, le fait taire. Le sang recouvre presque toute sa tenue de soie, le rouge recouvre le violet, et des morceaux d'os déchirent le tissu.

-Je jure que...

Un deuxième coup lui fauche le visage. Le coup est porté si fort que les morceaux de métal pointus de la masse se détachent de leur socle pour rester plantés dedans. Derrière Gabriel, le cadavre des deux gardes, sommairement assassinés. Le juge peut prétendre ce qu'il veut. Qu'il l'ait voulu, décidé, exécuté ou non ; la vengeance est irrévocable.

Le tonnerre gronde, tandis que l'éclair lacère le ciel, et peint la scène pour toujours : il est là, debout, haletant, au dessus du corps à peine conscient du noble. Koenig se tourne, ouvre les portes du balcon en grand. Il sait qu'il savoure pour la dernière fois l'air de son Alève natale. Mais, dans le fond, peu importe.

Le juge tente de se traîner jusqu'à la sortie, mais son genou broyé l'empêche de passer au dessus des cadavres de ses soldats. Il sent un crochet se planter dans sa nuque, il se fait ramener jusqu'au bord de la balustrade, et est retourné, face au ciel sombre.

-Vos parents étaient... de bons citoyens... ils ne méritaient pas cela... je vous réhabiliterai... je le jure...

Il sent la pluie qui clapote, étrangement, mais pas de douleur, le nobliau baisse les yeux, et ne voit que Gabriel, déplaçant lentement la lame de son poignard d'un côté à l'autre de son estomac. Ses mains se mettent à trembler, il convulse, il panique. Il touche la plaie, comme si elle n'était pas réelle.

-Vous n'avez toujours pas compris. Tout cela n'a plus d'importance, maintenant. Tout ce qui compte... c'est la vengeance.

Il n'arrive plus à articuler un mot, inconscient de ce qui va lui arriver. Gabriel noue la corde autour de la balustrade, celle qui est liée au crochet. Il soulève l'homme, engraissé par ses années de débauche et de paresse, et sous le regard des quelques passants encore présents dans les rues, le jette dans le vide.

Quand le cordage se tend, le juge ne meurt pas pendu, et quelque part, c'est une sorte de regret pour Gabriel Koenig, qui se tient debout, droit sur le balcon ; mais ses viscères s'échappent de la plaie béante qu'il a crée et pendent mollement sous ses pieds inertes.

Tous les témoins attesteront de l'identité du coupable. Il ne fait rien pour les décourager. Sera trouvée dans la pièce, après son départ, la statuette d'un vieux roi d'Alève. Peu comprendront. Qu'importe. Il est libéré de son fardeau.

Gabriel inspire longuement, l'air froid et si particulier de la pluie, l'odeur des tripes, et du sang. Il se sent léger, dégagé de toute obligation, véritablement libre.

Que faire, maintenant ? Fuir, assurément. Il ne sera pas pendu comme ses parents, ni comme le juge. Pour aller où ? N'importe où. Il est encore jeune ; il sait que si la culture militaire d'Alève n'a plus de secret pour lui, il n'en n'est rien des autres. Le monde est vaste, et les considérations stupidement bornées et égoïstes des alévites ne trouvent plus que très peu d'écho à ses oreilles.

Peut-être qu'un jour, quelqu'un lui proposerait une solution, pour qu'Alève redevienne grande. Ce jour là, ses racines pourraient prendre le pas sur ses passions morbides. Mais s'il devait faire renaître le royaume qui avait tué ses parents, ce serait à ses conditions, et uniquement les siennes. Il ne serait plus le spectateur absent qu'il avait été à l'exécution, mais l'architecte, le maître d’œuvre.

Mais ce jour n'était pas encore venu, et pour le moment, Gabriel se contentait d'emballer le peu de possessions qu'il lui restait, avant qu'on ne vienne l'arrêter, et chevaucha jusqu'à pouvoir apprendre à en étancher sa soif.

-Et pourquoi on ne se contenterait pas de vous tuer, étranger ?

Était la réponse qu'il recevait la plupart du temps, si bien qu'il s'y était habitué, et qu'elle était toujours moins problématique que sa petite soeur :

-Pourquoi on ne se contenterait pas de vous renvoyer à la justice alévite, Koenig ?

Fort heureusement, les traités d'extradition n'étaient pas monnaie courante, et de toute manière, ceux qui pouvaient être au courant de son passé n'avaient généralement aucun intérêt à vouloir le remuer, ou à traiter avec les autorités alévites.

Gabriel erra ainsi, à pied, à cheval, en charrette, pendant plusieurs années de sa vie, érudit, poursuivant de lui-même son éducation et sa formation, par l'observation, l'entraînement, le combat, parfois même les guerres.

Ses premières expériences furent avec les kahadaris, ceux-là même que sa famille avait combattu en vertu des accords avec les shaïms. Il se rendit bien vite à l'évidence qu'au milieu d'une horde, même petite, ses préjugés ne lui seraient d'aucune aide. Si certains eurent connaissance de son nom, ils le turent. Il apprit, brutalement, le sens du mot valeur, à leurs yeux.

Il avait vécu des expériences brutales, au sein de son académie, ou par la suite, quand il s'était vengé. Mais la vie de nomade des kahadaris était à un autre niveau. Chaque jour, il devait prouver son aptitude, pour ne pas être tout simplement sacrifier en offrande à leurs Dieux.

Être un paria, au milieu des siens, avait été quelque chose ; mais au moins, il y avait un objectif fixe, et une raison connue. Quand il se faisait réveiller par le hennissement des chevaux et qu'on lui jetait au visage les choses qu'il devrait porter pendant la journée, il n'y avait même pas de haine. Pendant plusieurs semaines, sa croix fut d'obéir aveuglement aux consignes et de ne jamais faillir.

Puis vint le moment, où, un matin, justement, qui semblait comme tous les autres, un des kahadaris de la horde l'attaqua de toutes ses forces. Gabriel se débattit, d'abord à mains nues, puis avec la première épée qu'il trouva, et, aidé de la frustration de l'inaction, accumulée durant tout ce temps, surpassa son adversaire.

Il leva la lame pour l'achever quand un ancien bloqua son bras en l'air et le félicita. Koenig avait gagné le droit de manger la même chose que les autres, en même temps et au même endroit. L'honneur était exquis, bien sûr ; mais la jeune femme qu'on lui emmena l'était davantage encore. Même s'il n'était pas tout à fait novice, privilège de fils d'une famille correcte (par le passé), l'alévite découvrit que tout restait à apprendre, et que la stratégie et l'art n'étaient pas les seules choses qui changeaient entre différentes cultures.

Gabriel gravit les échelons, et il fut considéré comme suffisamment digne au sein de la petite horde pour tenter de vaincre le chef ; il refusa, arguant que ça n'avait jamais été son but, et qu'il était temps pour lui de reprendre sa route.

Endurci au contact des kahadaris, il avait vieilli et une idée commençait à germer dans son esprit quand il quittait la horde, sur le dos du cheval infatigable qu'on lui avait laissé à son départ. Traversant les territoires rocailleux proches des montagnes, il savait qu'intégrer les jordhiens serait encore plus diffcile.

Face à un peuple qui basait sa culture sur la force, il était facile de s'imposer et de trouver sa place. C'était une réflexion qui se valait également en politique : la loi du plus fort finissait toujours par se retourner contre celui qu'il l'avait imposé, alors que la loi, des codes ou des règles, perduraient, et bien maniées, permettaient de se maintenir constamment au pouvoir.

Mais avec les jordhiens, qui, de plus, favorisaient l'esclavage, il serait trop facile de terminer enchaîné à une rame pour les prendre à la légère. Il ouvrit sa bourse d'or, constatant qu'il n'y aurait clairement pas de quoi acheter sa place dans un équipage.

Il n'avait pas non plus le luxe du temps pour pouvoir s'enrichir ; alors se dit-il, s'ils aimaient voler des bateaux... il volerait un bateau.

Dans un des ports dans lesquels il fit halte, se trouvait une escadre de quelques navires aléviens. S'introduisant à bord, il se dissimula jusqu'à une nuit propice à son action, une nuit de brouillard où il sabota la direction du bâtiment, après avoir hissé un paviollon jordhien qu'il avait volé avant d'embarquer.

Jusque là en formation resserrée, il commença à dériver lentement jusqu'au bateau le plus proche, sur lequel il décocha une flèche d'abordage avant de s'y hisser, aussi vite que possible, et ce malgré le tiraillement légitime de ses muscles.

Il finit par mettre ses desseins à exécution, sonnant l'alerte, hurlant à pleins poumons qu'ils étaient sur le point d'être éperonnées et abordées par des pirates jordhiens.

Profitant du chaos qu'il avait provoqué ; ce navire dangereusement proche, cet étendard fièrement levé et ce brouillard épais, il mis feu à certains endroits du pont afin de donner de la substance à ses menaces. Les enjoignant à la fuite, Gabriel n'eut pas à forcer longtemps pour que l'équipage entier se soit jeté à l'eau.

Il y eut un choc entre les deux navires, mais sans conséquence, puisque sans éperon, et naviguant à faible vitesse dans le brouillard. Le vacarme qu'il avait provoqué, ceci dit, avait réveillé tous les équipages, dont celui du bateau qu'il avait sabordé, qui réussit à redresser la barre, sans trop comprendre pourquoi leurs camarades étaient à l'eau, terrifiés.

Koenig ne s'éternisa pas pour savourer la victoire de son coup pendable, bien que l'envie ne lui manqua pas, et disparut dans le brouillard, seule solution pour lui et ses compétences de marin de s'en sortir indemne.

Pourtant, et bien plus vite qu'il ne l'aurait cru, un bâtiment jordhien l'intercepta, et il découvrit que l'escadre de laquelle il s'était extrait éteint étroitement surveillée et que cette nuit brumeuse aurait justement dû être celle de l'attaque.

Gabriel réussit son pari et il fut considéré comme plus utile sur le pont que dans les cales. Il réalisa douloureusement encore qu'il devait tout réapprendre et repartir de zéro.

Au bout du compte, et comme avec les kahadaris, il se prit au jeu de la vie insouciante de pirate. Il profita des richesses amassées et des plaisirs experimentés lors de leurs escales. Gabriel intégrait et retenait les leçons qu'il voulait, mais pour autant, entendre les esclaves sous ses pieds devenait de plus en plus diffcile à tolérer, jusqu'à ce qu'il découvre les vraies rapines, les pillages et les maraudes ; quand on exécute les hommes trop faibles pour servir, et qu'on met leurs femmes à disposition jusqu'à ce qu'elles en meurent.

A ce moment, il fut fixé sur ce qu'il était prêt à faire ou non. Abattre des criminels, des malfrats, tuer au combat, c'était une chose. Il le faisait, désromais, presque sans y pernser. Mais de telles exactions étaient sans intérêt, et ne servaient pas un plan plus grand ou une ruse retorse.

Il mit pied à terre en Alévia, à l'aube de ses vingt-trois ans, soit près de cinq ans après être parti d'Alève. Il était jeune, et pourtant, avait l'impression d'avoir vécu mille vies.

Gabriel avait démarré, donc, en Alève, où le nom de Koenig raisonnait encore parfois comme celui d'une famille de traîtres et d'assassins. Il y avait aprris toutes les bases de son instruction d'homme d'armes, et toute la culture guerrière alévite, ainsi que la pensée shaïm.

Puis, quand il avait rejoint les steppes du nord, il était devenu Gabril, et avait appris l'importance de la guerre de mouvement, l'élan et l'endurance des troupes.

Ensuite, il devint Erling au contact des jordhiens, en référence à son lignage, sorte d'ironie dont son chef d'équipage, qui connaissait son vrai nom, raffolait. Outre les crimes auxquels il assista, et qu'il aida à commettre, ou commis simplement, il put apprendre aussi les difficultés des combats navals, et en extrapola différentes manières de conduire une guerre en infériorité numérique et l'extrême utilité d'agir sur les lignes de ravitaillement.

Sa tenue, son aspect, son langage et sa façon de parler transpiraient l’éclectisme, un parcours singulier, jsuqu'à cette d'Alévia où il put reprendre son nom original. Une terre qui lui faisait un drôle d'effet, à lui, l'Alévite. Il aurait peut être dû ressentir la rancœur, comme il avait pu la ressentir pour d'autres raisons, avant. Mais au contraire, il s'y sentait plutôt serein.

De toutes ses leçons, il commençait à en tirer une synthèse, un idéal qui lui correspondait. Mais avant de se lancer dans ce qui deviendrait par la suite la Légion, il partit à la rencontre des mercenaires et de la guerre dans ce pays. Il retrouva de nombreuses, et légitimes, similitudes avec Alève, mais tous les combats qu'il mena alors lui laissèrent un arrière goût d'inachevé.

Comme si, même les militaires ne croyaient plus en ce qu'ils faisaient. Et sans guerre de haute intensité, Gabriel se trouva bientôt confronté à son démon le plus grand : la violence de la bataille qui faisait, de toute évidence, partit intégrante de lui.

Pendant trois ans, le "marché" des mercenaires accueillit cet homme étrange, de prime abord, ce patchwork vivant de culture et de mœurs. Personne ou presque n'aurait pu dire qu'il s'agissait d'un des meilleurs éléments de l'institut de guerre d'Alève, que l'on imaginait volontiers guindée et très noble de caractère. Son accent voguait entre tous les continents, pouvant au détour d'une phrase jurer dans un dialecte ou un autre, selon la situation, et il lui arrivait même de perdre des mots plus simples de sa langue natale au profit des autres.

Pour se faire un nom, il vendit d'abord simplement ses services, comme ceux d'un mercenaire comme on en trouve un peu partout ; protection de petites gens, de biens matériels, intimidation. Puis, les contrats se succédant, il put prétendre à de nouvelles missions, et s'il n'était pas officiellement au service d'un noble en particulier, il lui arrivait parfois de n'être pas très différent d'un bourreau, d'un nettoyeur ou d'un exécuteur.

Et ce fut justement au détour d'une rencontre avec un des nobles pour lequel il effectuait de basses œuvres qu'il rencontra Raphäel Weber, jeune soldat de cinq années son cadet. A vingt-six ans, Gabriel, inspiré par son expérience, mais aussi, probablement, par vanité et par orgueil, décida qu'il était grand temps de démarrer une œuvre digne de ce nom.

-Tu n'en as pas assez de te battre pour rien ?

-Bien sûr que si, mais tu sais, Gabriel, c'est un peu le lot de tous les soldats. On s'engage pour les femmes, la belle vie... Et puis, ne néglige pas le fait que nous autres, bidasses, aimons bien nous plaindre dès que le sergent ne nous l'interdit pas sur le champ.

-Je sais tout ça... Mais sois sérieux un peu. Imagine un comté, une nation, un monde, où la guerre a fait la loi, où elle a fait les hommes. Et pas le sang.

-Et comment pourrais-tu nous offrir un tel monde, toi, Gabriel Koenig, le fils prodige et désavoué d'Alève ?

-En créant quelque chose... pas une simple guilde, mais une vraie armée. Une armée qui disposerait de sa propre logistique, sa propre chaîne de commandement et de renseignement. Et qui se vendrait à n'importe qui, peu importe le territoire ou l'idéologie, totalement libre des gouvernements corrompus et vérolés par le népotisme.

-Et dis moi... Ta fameuse organisation... Elle recrute ?

-Elle recrute dès maintenant.

Quand ils créèrent la Légion, quelques soldats, tout au plus, du bataillon de Weber, se montrèrent intéressés, et formèrent l'épine dorsale de cette armée privée qu'ils venaient d'inventer.

Gabriel resta majoritairement fidèle à sa parole, permettant à de plus petites entités de bénéficier de moyens militaires qu'elles n'auraient pas dû avoir ; mais, dans l'absolu, dut se résoudre à traiter avec la grande noblesse d'Alévia, sous peine d'être tout simplement pourchassé et dissout.

Certains se rebellèrent contre cette décision qui leur semblait contraire aux principes fondamentaux de liberté de la Légion, mais Koenig demeura intransigeant : il n'y aurait pas d'actions menées contre le trône simplement parce que ce dernier exigeait un contrôle relatif sur les guildes et les services qui se pratiquaient sur son sol.

Et ce fut justement cette décision, judicieuse, qui lui permis d'assurer la pérennité de son groupe, à peine quelques mois après qu'ils se soient lancés. Sa réputation comme commandant naissait tout juste, mais en tant que soldat, elle était déjà acquise.

Malheureusement, le fait de redevenir un personnage plus ou moins public fit également ressurgir son passé, et il compris qu'il ne pourrait jamais totalement le faire disparaître. Au milieu d'une soirée qu'il voulait charnelle, fêtant un nouveau contrat, Gabriel se retrouva sur le dos, une assassine au dessus de lui, tous les deux nus, mais elle, armée d'une pic acérée dirigée vers sa tempe.

Les détails de la scène se sont perdus dans les récits plus ou moins exacts que de supposés témoins oculaires en auraient fait, selon le degré de vénération, plus ou moins élevé, que la personne en question vouait à Koenig. On pourrait retenir de toutes ces différentes versions que Gabriel poursuivit ce qu'il avait commencé de manière si brutale que la jeune femme dut se retirer de douleur, et c'était aussi la version qu'il préférait ; même si, à la réflexion, le fait que des Alévites lancent encore des contrats contre lui (puisqu'il était évident pour lui que ce ne pouvait être que ses anciens compatriotes) ne le réjouissait pas vraiment.

Mais rien, bien sûr, ne pourrait le détourner de sa tâche initiale, et aux petits contrats se succédèrent les vraies affaires, quand le Roi se retrouva face à une incursion de jordhiens sur le face nord ; on le pressa de faire appel à la Légion.

Ce n’était pas surprenant, cela dit, que les astres se soient alignés pour Gabriel.

-Donc ce que tu veux, c’est que l’on agisse comme des brigands, habillés comme des brigands, et contre des soldats. C’est bien ce que tu dis ?

Ce fut un des premiers désaccords avec Weber qui avait encore du mal à croire en ses prévisions quasi divinatoires concernant une attaque jordhienne. Non seulement il n’y croyait pas mais, en plus, il était foncièrement contre l’idée de s’en prendre de cette manière à des anciens frères.

Mais Koenig insista et expliqua en détail ce qu’il attendait de la Légion. S’il lui arrivait de refuser certaines offres, parce qu’elles n’étaient pas assez bien payées ou qu’elles ne méritaient pas son intervention, il prendrait tout ce qui se présenterait au Nord d’Alévia, et y enverrait le plus gros de ses forces, en ordre de marche, de manière soignée et organisée.

Pendant ce temps, les hommes qu’il laissait en arrière seraient ceux qui seraient chargés, sur les itinéraires les plus probables des armées susceptibles d’être appelées.

Conformément aux instruction et à l’entrainement que Gabriel leur avait fournis, ils exécuteraient des harcèlements, saboteraient les routes, détruiraient le peu de réserves qu’il restait. Le but n’était pas de s’exposer ou de faire des victimes. Le but était que, le moment critique venu, la seule force militaire capable d’intervenir rapidement soit la sienne.

La décision fut difficile, car celui que l'on surnommait déjà le Renard d'Alève connaissait dans la noblesse des échos divergents. Certains ne voyaient en lui qu'un criminel alévite en fuite, ce qui faisait trois bonnes raisons de ne pas lui faire confiance. D'autres estimaient que ses expériences chez tous les peuples seraient un atout ; et que de toute façon, comme il ne s'agissait que d'un mercenaire, il suffisait d'agiter un peu d'or sous son nez pour le diriger à sa guise.

Certains nobles, de plus, n’étaient pas indifférents à la position idéale qu’il occupait, au bon moment. Mais devant le fait accompli, c’est-à-dire la majorité de leurs forces ralenties, ils étaient satisfaits de trouver une armée à leur disposition, qu’elle qu’en soit la raison, d’autant qu’aucun lien n’avait été établie entre la Légion et les ralentissements des autres ; que vraisemblablement, elle était bien formée et opérationnelle ; et finalement, dirigée par quelqu’un de compétent, peu importe son passé.

Puisqu’il fut effectivement payé – et grassement – par la royauté, on pourra alors en déduire qu’il avait suffisamment poussé la chance et travaillé son image pour être pris au sérieux. Quand l’assaut démarra, la Légion était déjà prête à accueillir les envahisseurs et pendant près de quatre ans, il acquit tant de succès que même avec les pertes qu'il subissait, ses rangs étaient renforcés par les soldats qui préféraient quitter les cadres traditionnels de leurs duchés pour se lancer à ses côtés dans la guerre.

Gabriel connaissait suffisamment les jordhiens pour savoir ce qu'ils allaient faire, et comment ils le feraient. Une fois au sol, ils demeuraient féroces, mais ils n'avaient jamais été suffisamment organisés, et de simples formations de combat bien établis eurent raison d'eux presque à chaque fois. Ce qui était étonnant, c'est qu'ils insistent à ce point à envahir des côtes qui, vraisemblablement, n'avaient aucune envie de l'être.

Celui qui était devenu le Seigneur des Batailles pour ses hommes s’enhardit bien vite de ses succès, et on raconta que sa colère fut terrible, dans la tente de commandement, quand il appris qu'on lui ordonnait de faire marche arrière, et de laisser du terrain aux jordhiens.

D'ordinaire, une bande de brigands qu'on aurait payé pour guerroyer n'aurait pas obéit, et aurait seulement foncé tête baissée, quels que soient les résultats.

Le simple fait que la Légion se retire quand on le lui demanda était une preuve du maintien qu'exerçait Gabriel Koenig sur des hommes nés pour se battre.

Particulièrement fier de ses troupes, et son contrat terminé avec le Roi, Gabriel partit en quête d'un territoire stable pour l'armée entière qui le suivait. A l'ouest du mont Orifer, il acheta une parcelle de terrain au duc en mettant en avant son expérience, et ce qu'il pourrait amener au duché.

Étant donné le peu d'utilité que l'emplacement avait -une vallée basse, surplombée par de nombreuses petites collines abruptes, majoritairement peuplées de paysans, on le lui céda sans trop de résistance.

Mais en grimpant en haut d'un de ces sommets, Gabriel pouvait apercevoir, au large, la grande île qu'il convoitait réellement pour la Légion. Trop loin du continent et du centre du pouvoir pour être perçu comme une menace, il pourrait s'y développer comme il le souhaitait.

Peu après son trente-troisième anniversaire, le commandant Koenig savourait ce qu'il avait accompli. Près de vingt années de combat ininterrompues lui avaient permis de créer ce qu'il avait voulu : plus qu'une armée, une famille pour tous les hommes en mal de guerre. Et cela ne faisait que commencer.







Sur vous

Quelques mots sur vous ?
Votre âge IRL : Si on surinterprète un peu de Sartre, je devrais être aussi vieux que l'humanité, en théorie.
Comment avez-vous trouver le forum ? Esthétiquement ou géographiquement ?
Des suggestions/remarques ? Où ça ?
Crédit de l'avatar : Carlnes, par aenaluck.





Influence de base







TypeTotalRéputationAutre sourcesExplications et justifications
Diplomatique302010 Si Gabriel n’a globalement que faire des intrigues politiques complexes, il sait qu’elles seront utiles, pour arriver à ses fins d’une manière ou d’une autre. Les contrats qu’il a pu remporter grâce au Roi l’y aideront grandement.
Économique15105 Ironiquement, pour un soldat qui vend son savoir-faire, il n’a que peu confiance en la classe marchande qui, selon lui, n’est là que pour s’enrichir, encore et encore. La seule réputation qu’il puisse avoir dans ce domaine, c’est que ses services sont chers.  
Culturelle et religieuse35530 Il s’agit moins de religion, pour laquelle il n’a qu’un intérêt tout relatif, mais d’art et de culture pour laquelle il se trouve une passion à la fois personnelle et professionnelle. Tout ce qu’il peut lire, voir ou apprendre de ses adversaires, sera dévoré par sa soif inextinguible de savoir.
Martiale904050 La réputation du Renard d’Alèven le précède. C’est un excellent soldat de terrain, capable de remplir tous les tâches que l’on attend d’un meneur d’hommes, et d’un solide tacticien. S’il devait être le plus soldat de l’histoire comme ses hommes aiment parfois le vénérer, ce ne serait pas à cause de sa force titanesque, de son intelligence surnaturelle, mais plutôt grâce à une polyvalence extraordinaire.
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Message  Re: Gabriel Koenig [Terminée]  par Gabriel Koenig le Sam 29 Sep - 15:51

Rang social / Titre : Le Renard d'Alève
Age : 33 ans
Métier : Commandant de la Légion
Situation familiale : Célibataire
Nationalité : Alévite
Divinité favorite : June
Fiche terminée !
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Message  Re: Gabriel Koenig [Terminée]  par Le Scribe Eternel le Sam 29 Sep - 22:32
Coterie : La Bibliothèque de Khel
Rang social / Titre : [Esprit Immortel)
Age : Le Temps dans la bibliothèque de Khel n'a pas de sens.
Métier : Scribe
Félicitation Gabriel Koënig, ta fiche est validée. Tu va pouvoir prendre la tête de la Légion et te dépêtrer dans le nid de vipère que l'on nomme Alévia. Tu peux dès maintenant aller faire une demande de RP (n'oublie pas que tu dois les signaler quand ils sont terminés) et une demande de lieu si cela est nécessaire. Je t'invite également à créer dès maintenant ton journal de bord pour garder une trace de tes aventures!
Voir le profil de l'utilisateur


Le Scribe Éternel:
J'ai passé toute ma vie mortel à écrire l'histoire de ce monde, tant et si bien qu'un jour j'en suis arrivé à la fin. J'étais déjà un vieil homme en ce temps là, mais je fut saisit d'horreur devant la profondeur du vide qui m'envahissait. Il n'y avait plus de chronique à rédiger, plus de fait à relater et je serais mort bien avant que l'histoire ne s'achève. Mais Khel prit en pitié le vieil érudit que j'étais et quand mon histoire fut achevé il ramassa ma vie et dans son royaume de rayonnages infini il me fit une place. Je suis le scribe éternel, qui par la gloire de Khel écrira l'histoire jusqu'a la fin des temps.
Message  Re: Gabriel Koenig [Terminée]  par Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum