La valse du Pouvoir - Forum RPG

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Convocation militaire [PV Siegfried Luptan]

La valse du Pouvoir - Forum RPG :: Ordre des Guerriers


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Rang social / Titre : Le Renard d'Alève
Age : 33 ans
Métier : Commandant de la Légion
Situation familiale : Célibataire
Nationalité : Alévite
Divinité favorite : June
"Épargner les faibles, abattre les superbes."
-Virgile




-Tu es sûr que ce soit une bonne idée, Gabriel ?

-Je suis sûr que ce n'en n'est pas une, et en même temps, impossible d'y échapper. Maître Luptan ne s'est pas embarassé de formalités pour exiger ma présence, et quelque part, c'est une bonne nouvelle pour nous, je suppose.

Le vent soufflait sur la plaine du territoire de la Légion ; le messager avait été congédié après avoir été nourri, et Koenig avait convenu, par principe, de le faire escorter au moins jusqu'aux frontières du duché.
La missive était ouverte devant Gabriel et Raphaël, tous les deux pensifs. Il avait fait vider la tente de commandement une fois le sceau reconnu, pour ne plus garder auprès de lui que son second.


Le temps était gris, maussade. Les soldats, à leurs postes, dans tout le camp, avaient déjà entendu parler de la lettre et d'où elle provenait.
L'anxiété était palpable, car il était clair que cette dernière pouvait amener des nouvelles critiques.


Tous gardaient un œil sur le peloton d'élèves gradés, en poste au centre du bastion. Il était presque toujours le premier à bouger, et leur chef se consacrait tant à leur formation que son humeur se répercutait sur le sien.

-S'ils pensaient que nous constitutions une menace immédiate, les nobles auraient déjà convaincu le Roi de marcher contre nous. Mais avec l'action menée contre les jordhiens, nous avons su montrer notre utilité, et maintenant, ils veulent s'assurer que leur nouveau chien ne contractera pas soudainement la rage et ne les morde.

-Nous ne sommes sûrement pas leur chien. Si quelqu'un nous demande de mordre, alors nous mordrons.

Le visage de Raphaël s'était un instant assombri sous l'effet de la colère, mais le sourire désarmant et paternel de Gabriel le fit rougir de honte. C'était ce même sourire, à chaque fois qu'il échouait à prévoir le fait que le Renard avait déjà une idée en tête.

-Allez... Fais donc moi la leçon.

-Je ne vais pas les dissuader de cette idée pour autant. Ils ne peuvent pas interdire aux guildes d'exécuter tel ou tel contrat selon leur bon vouloir. En revanche, ils ont vu ce que nous pouvions faire, et ils se sont très certainement rendus compte que j'évitais avec soin ceux qui me demandaient de frapper un peu trop frontalement leurs possessions. Nous profitons encore maintenant du contrat contre les jordhiens, et de ses retombées économiques. Jusqu'à ce que ça ne soit plus le cas, je ne vois aucun problème à prolonger cet état de fait. En revanche, comme tu le dis... s'ils estiment assez la Légion pour ne plus la voir comme une simple guilde, et qu'ils espèrent davantage de loyauté... dans ce cas, il leur faudra faire un geste à leur tour.

Weber, forcé de reconnaître la pertinence du discours, demeura silencieux. Préoccupé, bien sûr, que cette invitation, somme toute à entrer, et même à sauter pieds joints, dans la gueule du loup, selon lui, ne soit qu'une manœuvre pour éliminer Gabriel là où c'est le plus aisé pour eux, en plein de milieu de la capitale alévienne.
Mais il n'en dit rien, bien sûr, puisque Koenig avait déjà donné ses ordres pour ce cas de figure. Ce serait une vraie gageure, de contenir et de punir tous ces sabotages, ces coups de mains et ces patrouilles d'assaut, pour celui qui en aurait la charge.


-Bon... Eh bien, soit. Comme toujours, tu n'en feras qu'à ta tête, de toute manière.

Gabriel opina du chef.

-En effet. Je prendrai Petersen, Dubarry et Lofquist avec moi.

-Tu me laisses Clark ?

-Affirmatif, tu auras besoin de lui si quelque chose dégénère.

-Donc, tu t'attends à ce que ça dégénère ?

-C'est justement le moment où le Seigneur des Batailles n'est pas là qu'on attaque son fort... Moi, c'est ce que je ferais. Avec toi et Clark, notre position est sauve.

Gabriel lui assena une tape amicale sur l'épaule et commença à s'arnacher en prévision du voyage qui s'annonçait.

Le camp soufflait ; leur chef ne semblait pas inquiet. Comme une seule et même personne, la pression retomba, l'air devint plus léger. Les hommes n'étaient plus inquiets non plus, alors.

Cinq cavaliers s'en allèrent, en tenue de voyage, ce qui correspondait à des armures légères et à leurs armes, mais les écuyers et la logistique lourde restèrent en arrière.
Aux abords de leur foyer et jusqu'aux limites du territoire, il savait qu'il n'y avait rien à craindre. AU delà, le voyage aurait pu être troublé par des inconscients, mais il semblait que les emblèmes, clairement visibles, et leurs réactions quand des groupes aux intentions incertaines les approchaient, avaient garanti leur tranquillité.

Les prédateurs sentent la peur. Mais aussi son absence.

Pendant un instant, Gabriel se demanda ce que Era pourrait sentir quand lle verrait arriver.

Il montra la lettre de Siegfried comme laisser-passer aux gardes, chaque fois qu'on lui demandât (et il la montra souvent), tout en réfléchissant naturellement au nombre d'hommes et aux efforts qu'on devrait employer si l'on voulait s'emparer de la capitale.

Koenig aurait aimé avoir le temps d'être prosélyte, mais sa tenue et celle de sa garde étaient suffisamment reconnaissables pour qu'ils s'en passe. Peut-être reverrait-il dans quelques mois ces gardes qu'il avait croisé, maintenant que la Légion n'était plus qu'un simple simple nom, qu'elle avait pris corps, pour eux.

Les soldats en poste autour de l'Ordre étaient fidèles, bien sûr, et n'en feraient rien, mais le Renard d'Alève prenait un plaisir tout particulier à voir des soldats qui n'étaient pas les siens le saluer comme ils figeraient devant n'importe quel officier de leur hiérarchie. En arrivant devant les bâtiments en eux-mêmes, après avoir traversé la ville, qui au passage lui confirma qu'il préférait son propre fief, désormais, à la vie citadine, Gabriel repensa à la justesse de sa décision de ne pas emmener Clark avec lui.


-Saluez votre commandant quand il arrive, soldat.

-Je ne reconnais pas l'autorité de ton supérieur, mercenaire.

-Alors c'est que vous êtes dans le mauvais camp.

Aurait probablement été le début de sa présentation à l'Ordre des Guerriers, et il ne pouvait décemment se le permettre. Encore, il montra la lettre et les portes s'ouvrirent.

On ne jugea pas essentiel de les désarmer : quelle que soit sa réputation, Gabriel et ses quatre légionnaires étaient au beau milieu d'une véritable armée. Ainsi, on estima probablement qu'il n'était pas nécessaire de provoquer un incident à peine était-il arrivé.

Il semblait que les deux côtés avaient pris leurs précautions pour ne pas trop froisser l'autre.

On les escorta néanmoins jusqu'à une grande salle, toute en longueur, habillée seulement d'une table qui prenait quasiment l'entièreté de la place. Gabriel resta debout à une de ses extrémités, ses hommes dans une formation classique de protection, autour de lui.

Maître Luptan avait probablement été prévenu, et l'attente ne fit que lui permettre de s'imprégner de l’atmosphère du lieu, à laquelle il ne pouvait rester indifférent, mélange élaboré de noblesse de martial.

La carte d'Alévia et de ses environs, entourée de petits drapeaux et de diverses autres pièces ne laissaient que peu de doutes quant à l'utilité de l'endroit.

En revanche, les quelques gravures de batailles qui ornaient les murs étaient autrement plus intéressantes, et Gabriel décréta que leur observation studieuse serait une utilisation judicieuse de son temps d'attente.
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Blason de la famille Luptan
Coterie : Comté de Coeur-De-Pierre
Rang social / Titre : Comte, Maître de Guerre
Age : 36
Métier : Haut dirigeant de l'Ordre des Guerriers
Fiche : Siegfried Luptan
Journal : Journal de Siegfried
Situation familiale : Marié avec quatre filles
Nationalité : Alévienne
Divinité favorite : June
Lorsque le garde frappa à la porte de son bureau, le Maître de guerre était pleinement concentré sur une ébauche d’une nouvelle évaluation des compétences des membres de l’Ordre et de l’armée en général. A son goût, beaucoup d’éléments n’étaient pas pris en compte à l’heure actuelle, l’accent étant surtout mis sur les capacités martiales brutes. Si au final on se retrouvait effectivement avec des soldats très capables au combat, certains pouvaient se retrouver avec un cruel manque d’initiative… et d’autres avec justement une initiative qui frisait dangereusement l’insubordination. Sans quitter des yeux les divers papiers sur son bureau, Siegfried répondit à l’intervenant.

- Entrez. De quoi s’agit-il ?

- Seigneur Luptan, le commandant de la Légion Gabriel Koenig vient d’arriver. Il vous attend dans la Salle de la Carte avec quatre hommes.

Siegfried releva la tête. Koenig… Un mercenaire qui se faisait remarquer récemment. Le Comte l’avait convoqué car il était certain que tôt ou tard la Légion se retrouverait mêlée aux affaires de l’Ordre, et comme toujours il préférait prendre les devants plutôt que de se retrouver devant le fait accompli. De manière générale, Siegfried appréciait le principe du mercenariat. Cela consistait ni plus ni moins à offrir ses compétences contre rétribution, simplement le plus fréquemment de manière agressive. Mais vu qu’ils vivaient littéralement de leur capacité à survivre en accomplissant leur contrat, les mercenaires étaient assez souvent plutôt doués ; ceux qui ne l’étaient pas ne finissaient généralement pas leur premier contrat… En tout cas, il y avait plusieurs soldats de la Légion avec lui. Siegfried aurait préféré voir Koenig seul, mais il était plus que probable qu’il vienne accompagné. Après tout, c’était un terrain inconnu pour eux et ils voulaient sans doute en imposer un minimum.

- J’y vais, merci. Vous pouvez retourner à votre poste.

Le soldat s’inclina et se retira. Siegfried se leva de son siège, abandonnant toute la paperasse dans laquelle il était plongé, et sortit de la pièce d’un pas rapide. La Salle de la Carte était presque emblématique du siège de l’Ordre, au coeur de toute décision militaire pour le royaume, même si en ce moment elle était moins utilisée grâce au calme relatif avec les voisins. Par défaut, c’est là qu’étaient amenés les visiteurs pour les impressionner, aussi était-elle savamment décorée. Une superbe salle en définitive. Le Maître de guerre reprochait juste le fait qu’elle se situe aussi loin de son bureau…

Les soldats de l’Ordre gardaient la pièce et semblaient observer les guerriers de la Légion avec un mélange de méfiance et d’intérêt, en se gardant toutefois de faire le moindre commentaire ou geste particulier. Ils se mirent en revanche au garde à vous lorsque Siegfried entra, ce qui ne manqua pas de signaler sa présence au Renard d’Alève et de ses hommes. Le Comte avisa justement le groupe de la Légion et se dirigea vers eux. Il n’avait qu’une description de leur chef, mais au vu de la formation des hommes, il supposa que celui au centre (et qui correspondait justement à la description connue) était Gabriel Koenig.

- Commandant Koenig, soldats de la Légion, je suis le Maître de guerre Siegfried Luptan et je vous souhaite la bienvenue au siège de l’Ordre des Guerriers. Ravi de vous rencontrer en personne. J’espère que vous avez fait bon voyage.

Avant toute chose, il fallait déterminer le caractère de l’individu. Etait-il du genre brusque, à vouloir aller directement au but pour ne pas perdre de temps, ou au contraire plus enclin à discuter au préalable avec un soupçon politique ? Siegfried préférait toujours se faire une idée personnelle en plus de ce qu’il pouvait entendre, sans tenir compte des histoires et des rapports extérieurs. Mais dans tous les cas, un petit peu de respect de base ne faisait pas de mal.
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Rang social / Titre : Le Renard d'Alève
Age : 33 ans
Métier : Commandant de la Légion
Situation familiale : Célibataire
Nationalité : Alévite
Divinité favorite : June
"N'est-ce pas vrai ?"
The Grandmaster




Au final, et d'un coup d'œil bref, Gabriel fut en mesure de déterminer que les gravures, impressionnantes s'il en est, ne lui apprendraient pas grand chose qu'il ne savait déjà.
En revanche, il aurait pu déduire quelques informations s'il avait eu la certitude que Luptan les avait choisies et placées ainsi à dessein.
Or, il y avait fort à parier, étant donné la position des cadres et les scènes représentées, qu'elles étaient là depuis fort longtemps.

Mais après tout, peut être que le Maître de guerre appréciait les scènes archaïques ; en l'occurrence, ceci resterait en suspens jusqu'à ce que Kœnig en apprenne davantage à son sujet.

Quand le chef de l'ordre fit son entrée, Gabriel avait donné ses ordres, et ses soldats saluèrent de même.
Question de principe ; quand un officier supérieur entre dans une pièce, tous les hommes du rang saluent, quelle que soit sa nationalité. On salue le rang, pas l'homme.


-Maître Luptan, c'est un honneur d'avoir pu être convié à la capitale.

Celui qui se tenait devant lui était un noble à n'en point douter, sa tenue ne mentait pas. Mais son port était plus sévère et rigide qu'un simple aristocrate parvenu.

-Ceci étant dit, votre message, fort concis, ne m'a pas permis de saisir avec exactitude ce que vous pouviez vouloir de la Légion.

Son escorte s'était mise au repos de la manière qu'il leur avait apprise : les mains dans le dos, mais pas serrées ; les jambes écartées, mais la gauche, imperceptiblement avancée.

La configuration du lieu et le comportement de leurs hôtes se prêtaient mal à une embuscade, mais il ne s'agissait pas de ses meilleurs hommes pour rien.


-En outre, Maître Luptan, et avec tout le respect qui est dû à un homme de votre rang, vous n'êtes certainement pas sans savoir d'où je viens. Ainsi, je pense pouvoir affirmer que vous aviez une idée bien précise pour me faire venir, sans quoi vous n'auriez pas pris le risque d'être vu par vos pairs en compagnie du Renard d'Alève. N'est ce pas vrai ?

Un sourire.
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Blason de la famille Luptan
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Rang social / Titre : Comte, Maître de Guerre
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Fiche : Siegfried Luptan
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Siegfried nota et apprécia le salut de la Légion, et Koenig lui-même respecta l’étiquette. Ils ne se considéraient donc pas au dessus de l’armée régulière du royaume, c’était déjà ça. Il remarqua néanmoins que les soldats ne relâchaient pas leur attention pour autant, ce qui signifiait qu’ils n’avaient pas réellement confiance dans leur venue sur place. Plutôt logique, et l’inverse aurait d’ailleurs inquiété quelque peu le Maître de guerre : si 5 hommes étaient suffisamment sûrs d’eux au milieu d’une forteresse qui n’était pas la leur, alors il y aurait du souci à se faire… En tout cas, les deux chefs se voyaient face à face, et Koenig semblait vouloir titiller le Comte. Quelqu’un donc capable de jouer un peu avec le dialogue… Celui-ci n’en prit toutefois pas ombrage.

- Oh, votre surnom est très éloquent quant à vos origines, mais pour être franc, que vous soyez d’Alévia, d’Alève ou même du Shaïm, ce n’est pas ce qui m’importe le plus. Non, vous vous doutez bien que si vous êtes là, c’est au sujet de votre guilde de mercenaires, la Légion. Que vous appelez vous-même armée privée d’ailleurs.

Siegfried n’était pas sûr de la raison de cette double appellation, car le sens des deux étaient sensiblement différents. Gabriel tenait au titre de Commandant et pas de Maître de guilde par exemple. Le Comte s’installa donc à la table afin de discuter en direct. Il n’avait pas vraiment envie de retraverser tout le bâtiment pour rejoindre son bureau, et les salles de réunions étaient sensiblement de la même taille que celle-ci. Sans compter que, si jamais les choses tournaient au vinaigre, il y avait plus d’issues et de gardes ici…

- Bien. Nous avons donc plusieurs points à aborder, Commandant Koenig. Le premier est justement de définir officiellement le statut de la Légion aux yeux de l’Ordre. Je vais donc vous exposer factuellement les tenants et aboutissants, et cela implique de citer l’évidence.

Vous pouvez donc être une guilde de mercenaires, auquel cas vous aurez un bâtiment en tant que siège de votre guilde et pourrez recevoir des contrats de particuliers contre paiement, et pour n’importe quel service que vous voudriez proposer. Mais lesdits contrats ne peuvent pas impliquer plus du tiers de vos membres à la fois. Ils sont également restreints par le fait que les groupes de la guilde ne peuvent pas prendre de contrat agissant à l’encontre de l’intérêt du Royaume et du Roi, et sont dans l’obligation de dénoncer de tels contrats. En tant que guilde, vous serez officiellement affiliés au Royaume, et en tant que mercenaires vous devrez rester en relation avec l’Ordre des Guerriers pour le tenir informé de l’évolution de votre situation. Vous aurez par ailleurs potentiellement l’opportunité pour certains de vos membres de rejoindre l’Ordre. Et de fait, toute décision et évènement concernant les guildes du Royaume vous concernera tout autant.

De l’autre côté, une armée privée peut être un camp nomade, peut loger sur les terres d’un employeur, mais n’a officiellement pas de bâtiment à son nom. Vous ne serez pas affilié au Royaume et agirez indépendamment de l’Ordre des Guerriers. Vous pourrez aussi recevoir des contrats de toutes sources pour des services martiaux qui ne seront eux pas restreints dans le nombre de membres. Vous ne pourrez en revanche pas accepter deux contrats opposés à la fois, et tout contrat pris à l’encontre du Royaume vous catégorisera automatiquement comme ennemi. Par ailleurs, en tant qu’armée présente au sein du Royaume, vous devez laisser la priorité aux armées régulière de celui-ci pour tout conflit administratif.


Ce premier point était une solide entrée en matière pour déterminer sur quel pied ils devraient danser. Siegfried savait bien que certains devoirs ennuieraient la Légion dans les deux cas, et c’était justement en les mettant directement sur le tapis qu’il pourrait savoir ce que préférait Gabriel. De plus, le fait que ses hommes soient là et assistent à l’échange était aussi intéressant : leur commandant pourrait choisir quelque chose qui ne leur conviendrait pas, et de ce fait le Comte guettait la réaction de l’ensemble de leur groupe.

- Alors, Commandant Koenig, qu’est-ce que vous en pensez ?
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Rang social / Titre : Le Renard d'Alève
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"Pourquoi sommes-nous toujours là ? Juste, pour souffrir ?"
Kazuhira Miller




Koenig écouta toute la tirade du Maître de l'Ordre sans sourciller. Néanmoins, à défaut d'être expressif du haut du visage, sa mâchoire se crispa à plusieurs moments.

Comment s'ils le sentaient, ses soldats se raidirent peu à peu, au fur et à mesure qu'il continuait de parler.

Cette sensation, avant que tout ne dégénère. Quand votre ventre se tord, et se contracte à petit feu. Que vos membres sont comme engourdis, très légèrement. Vous les sentez toujours, mais c'est comme une sensation fantôme. Le champ de vision s'étrécit, et on se demande si on pourra se sortir de cette torpeur.

- Alors, Commandant Koenig, qu’est-ce que vous en pensez ?


Gabriel le fixe intensément ; un blanc de plusieurs secondes s'installe. Les soldats des deux côtés échangent des regards nerveux. A l'intérieur d'un casque, coule une goutte de sueur. Pour l'homme dont elle vient, le son produit paraît assourdissant.

Pourquoi les Légionnaires se comporteraient-ils ainsi ?

Ça serait du suicide. Tout le monde le sait. Mais tout le monde sait aussi que Gabriel Koenig est le Renard d'Alève, qu'il aime les plans complexes, les exercices retors, et plus encore, le prestige. Peut-être a t-il tout préparé. Qu'entrer dans le bâtiment était la première partie de la machination, et se retrouver dans la même salle que Siegfried, la seconde.

Ces badauds inoffensifs qui voguent autour des bâtiments, peut-être attendent-ils le signal pour se dévoiler ? Sortir leurs lames, dévoiler leurs armures, et par extension, leur plan. Peut-être ce mendiant là, était-il un Légionnaire, lui aussi ? Et ce marchand-là, qu'on n'a jamais vu avant, combien d'épées cache t-il sous son comptoir de babioles ?

L'index droit de Gabriel tapote à rythme régulier sur la table, ses deux mains bien en évidence.

Puis il s'arrête.

Tout comme leurs souffles.

Puis un rire, franc, bref.

-Maître Luptan, oh !

Le commandant de la Légion se laisse aller en arrière un instant, tape dans ses mains. Il reprend sa respiration ; ses hommes aussi.

-Ne vous méprenez pas sur mon hilarité, Maître Luptan, car elle n'est point dirigée contre vous.

On lui pardonnerait bien son petit mensonge, car il était fort probable que ce ne fut ni le premier, ni le plus important qu'il ait eu à formuler. Il était vrai que les propositions qu'on lui faisait, tout comme la situation, prêtaient à rire, à son -plus ou moins- humble, avis.

Mais la véritable chose qui l'avait fait se tordre un instant dans sa chaise, c'était la certitude que si Siegfried avait dû lui faire la leçon sur la façon que Gabriel avait eu de répondre à sa missive, ç'aurait été à ce moment-là, pour appuyer ses dires et accentuer la pression qu'il voulait mettre sur ses épaules.

Il était aisé de deviner la qualité d'un homme d'armes lettré ; il suffisait de commettre toutes les erreurs syntaxiques du protocole militaire, et d'attendre sa réaction. Si elle ne venait pas...

-Bon ! bon. J'aurais aimé savoir qu'il me fallait un avocat pour cette entrevue, mais soit, je devrai, semble t-il, m'en passer. Je suis peut-être le commandant de la Légion, mais je reste un homme d'armes, avec une formation de soldat. En cela, je ne peux pas me faire passer pour un juriste, mais je suis sûr que mon élève gradé, il le désigna du bras, derrière-lui, qui a eu le privilège rare d'être le fils de l'un d'eux, saura confirmer mes dires.

Un autre mensonge sans importance, qui n'avait d'intérêt que de présenter un argument d'autorité pour la forme. Gabriel rappelait son humilité, mais aussi la grande variété des origines de ses soldats, même les plus proches.

-Il eusse fallut, pour la bonne teneur de cet entretien, qu'un scribe y assiste, et qu'il y consigne nos dires. Mais, tout homme d'armes que nous sommes, n'est-ce pas, nous saurons ne pas revenir sur nos paroles ou en prêter de fausses à l'autre. Alors commençons tout de suite, voulez-vous. Premièrement, marqua t-il du doigt, il n'y a jamais eu aucune distinction entre une guilde et une autre dans l'univers législatif -tout relatif, je vous l'accorde- d'un royaume. Allez-vous demander à une guilde d'assassins si elle se soumet à vos manigances administratives ? Exigez-vous d'une guilde de voleurs et de brigands qu'elle consigne le lieu de ses petites sauteries ? Je vais être plus clair : Vous attendez-vous d'une guilde de mercenaires qu'elle vous laisse le choix de ses contrats, de ses recrutements ?

Avec le respect, encore une fois, le plus sincère qui peut vous être dû, ce que vous me décrivez-là, c'est votre Ordre, pas ma Légion. Je l'ai fondée comme un organisme indépendant, et les hommes qui m'ont rejoint l'ont tous fait de leur plein gré. A ce sujet, par ailleurs, je ferais humblement noter au scribe qui n'est pas là aujourd'hui, que ce sont vos hommes qui me rejoignent ; pas l'inverse. Mais revenons-en au point principal. Je vais marquer le deuxièmement,
et il le fit, car c'est important. Une guilde est une entreprise. Une entreprise indépendante, qui rend, bien sûr, ses comptes à l'autorité royale, que nous respectons tous, mais qui ne souffre pas des interférences extérieures.

Et par, interférence extérieure, j'entends, tout ce qui n'est pas le Roi. Ce que vous me demandez, Sire Luptan, est à la limite de l'ingérence. Et un noble qui fait de l'ingérence dans les affaires économiques et administratives d'une guilde, ce n'est jamais, ni une bonne idée, ni une manière de faire bonne figure, pour quiconque. Si vous allez vous plaindre au Roi, que je n'ai pas voulu choisir entre la laisse ou le bâton : il vous répondra de tenter d'imposer ce choix à toutes les autres guildes, et de préférence celles qui ne lui sont pas utiles. Bien sûr, je ne joue pas sur les mots comme un enfant : je sais que la récente visibilité de la Légion a pu vous impressionner, vous donner de fausses idées quant à mes intentions. Mais la Légion n'est pas différente des autres guildes. Plus flamboyante, peut-être, plus efficace, surement.

Je pensais venir ici pour discuter entre militaires, de stratégie, de grandes épopées et batailles. Peut-être, qui sait, des jordhiens au nord et au sud-ouest -veuillez trouver, en outre, dans vos rapports, la diminution flagrante de la criminalité dans les territoires aux abords de celui de la Légion- et des actions communes que vous auriez voulu lancer avec mon aide. Si vous vouliez bien me rassurer ; m'assurer, de votre parole d'honneur, que tout cela, jusqu'à maintenant, n'était qu'une habile rhétorique visant à vérifier mes aptitudes à survivre dans le milieu politique d'Alévia, et que nous allons véritablement, désormais, discuter de ce qui nous intéresse : la Guerre, qu'elle soit grande ou petite, proche ou éloignée, et ce que la Légion peut faire pour vous assister.
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Blason de la famille Luptan
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Fiche : Siegfried Luptan
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Pendant tout le monologue de Gabriel et même depuis son premier rire, Siegfried avait gardé un visage neutre, le menton posé sur des mains croisées. Il est toujours intéressant d’analyser la réaction d’un individu lorsqu’il se sent provoqué : là, Koenig était plutôt effronté. Il voulait un scribe pour noter la rencontre, il lui reprochait de faire de l’ingérence, il se considérait suffisamment important pour pouvoir se permettre quelques remarques à peine voilées… Et ses hommes avaient eu l’air extrêmement tendus pendant son silence. Indubitablement, la Légion leur tenait tous beaucoup à coeur.

Si Gabriel savait ce que certains nobles se permettaient en terme d’ingérence… Sa diatribe avait plusieurs points inexacts sur lesquels Siegfried aurait pu le reprendre, mais s’ils décidaient de se lancer pleinement là-dedans, il faudrait effectivement appeler juristes, scribes et assimilés. Rien que la perspective d’une bataille administrative était ennuyeuse au possible, sachant que même le gagnant de cet affrontement juridique ne le serait pas tant que ça. En l’occurrence, Koenig n’avait pas accepté l’une des deux propositions ou cherché à marchander, il avait tout simplement décidé de n’en faire qu’à sa tête. Il n’avait toutefois pas quitté la table en colère pour autant.

Ce fut au tour du Comte de laisser un blanc, et à celui des soldats de l’Ordre de s’interroger sur la suite de l’échange. Il se rabattit dans son siège l’air songeur. A en juger par ses dires, le Renard d’Alève désirait l’indépendance totale pour son armée privée, mais ce en se trouvant sur les terres du Royaume. Quoi qu’en pensait Koenig, les affaires militaires relevaient de l’autorité de l’Ordre, et à ce titre le Maître de guerre avait son mot à dire dans l’affaire. Il est vrai que Siegfried avait volontairement exagéré pour connaître sa réaction, mais cependant la clarification de la relation entre la Légion et l’Ordre, ainsi que par extension le Royaume, était réellement un sujet qu’il voulait aborder. Maintenant que le Comte avait une idée de la psychologie de Gabriel, il savait qu’une attaque frontale ne mènerait à rien d’intéressant. Avec un sourire sans joie, il se réadressa à son interlocuteur.

- Je suis satisfait de voir que vous n’êtes pas du genre à vous laisser faire, c’est une qualité importante pour un Commandant. Prenez juste garde à ne pas vous considérer intouchable parce que vous vous voulez indépendant, l’ego mal placé n’est pas l’apanage de la noblesse. Cependant, comprenez bien que si vous faites partie du Royaume, ne serait-ce qu’en résidant en son sein sans être des criminels comme pourraient l’être des “guildes” de voleurs ou d’assassins, cela se traduit par des devoirs autant que des droits. Maintenant, je peux comprendre que vous ne vouliez pas d’une “laisse ou d’un bâton” ; j’aurais sans doute réagi similairement à votre place. Aussi, nous devrions pouvoir trouver un juste milieu. Et peut-être justement à propos de ce qui semble vous motiver : la Guerre.

Siegfried laissa flotter un instant avant de reprendre. Il y avait une part de marchandage à faire et c’était normal. Il fallait juste voir si Gabriel allait y mettre du sien ou bien s’accrocher jusqu’au bout à son idéal. Les gardes semblaient être un peu moins tendus, constatant que les deux hommes se contentaient de se piquer verbalement sans vouloir en venir aux mains. Ce qui était préférable pour tout le monde.

- Actuellement, nous avons la chance d’être en paix, mais c’est récent. Comme vous le savez, les Jordhiens ont été assez hostiles récemment. Vous avez participé à la défense du Royaume à cette occasion et vous en avez été remercié. Mais qui sait ce qui pourrait se produire avec nos autres voisins ? Vous vivez pour la guerre, pour les batailles, mais ce qui vous motive le plus, de quoi s’agit-il ? L’or ? La gloire ? Le combat lui-même ? Ou quelque chose de différent ?

A chaque proposition Siegfried porta son regard sur un des hommes de Koenig au hasard, avant de revenir sur leur chef pour terminer. Voilà où allait sans doute se trouver le coeur de l’échange : l’intérêt. Le Maître de guerre continua d’observer les membres de la Légion, toujours avec un léger sourire aux lèvres.
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Rang social / Titre : Le Renard d'Alève
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-Tertulien, "Apologeticum"




-Est-ce que vous vous intéressez à l'art, sire Luptan ?

Koenig était plus que satisfait de la direction que prenait la discussion. Pour le mettre dans une situation inconfortable quelques instants, Siegfried aurait dû lui demander quelle aurait été la position de la Légion en cas de soulèvement d'Alève ; ce à quoi, il aurait naturellement répondu que la question était indélicate de quelqu'un qui déclarait plus tôt que les origines importaient peu.

Mais au lieu de cela, il semblait que sa diatribe sophiste à la rhétorique forcément douteuse avait eu les effets escomptés : soit le Maître de Guerre avait été convaincu, ce qui était largement improbable, soit il ne souhaitait pas s'engager sur les terrains glissants du milieu légal, administratif et politique.

Dans la finalité, le résultat demeurait le même : Gabriel allait pouvoir discuter de ce dont il avait envie.

Nonobstant les remarques pseudo-stratégiques paternalistes pour lesquelles il n'avait qu'un intérêt tout relatif, et qu'il lui passait, très honnêtement, honneur personnel oblige, le Renard avait envie de parler d'art.

-Je ne parle pas de ce genre de gravures, bien sûr, en désignant celles qui les entouraient, mais plutôt d'un art quasi-religieux.

En Alévia, s'assurer la religion comme alliée était toujours un bon argument d'autorité ; peu importe que l'alliance soit véritable ou non, l'art d'avoir toujours raison n'en souffrait guère.

-Voyez-vous, la réponse à la question que vous me posez; Maître Luptan, se trouve en fait dans votre propre discours : c'est l'égo. La vanité, bien sûr, est un défaut d'orgueil, comme vous le laissez si bien entendre, mais c'est aussi une forme d'art.

Gabriel aurait pu discourir sur les différences subtiles entre égo, vanité, et orgueil, car elles existaient ; mais c'était également toute la beauté de la rhétorique, qui permettait de les gommer d'un habile maniement de la syntaxe - comme on maniait les hommes.

-Dans la langue ancienne qui nous relie tous, on appelle cela "memento mori". Les vanités sont une forme de nature morte, qui symbolise à différents degrés selon l'artiste, la futilité des choses terrestres, et notre nature, fatalement mortelle. Connaissance, possessions, existence. L'or, la gloire. Tout cela est vain, sire Luptan ; vain, pour vanité.

Il marqua une pause, pour reprendre son souffle, et instaurer un temps mort qui viendrait marquer la différence de ton entre un Gabriel volontiers tuteur, et un commandant militaire sérieux, sévère.

-"Memento mori", Monsieur Luptan, et il se permettait l'usage, en adéquation avec la philosophie qu'il était entrain d'expliquer, cela signifie "souviens-toi que tu es mortel". Et quand l'or et la gloire sont vains, quel meilleur "memento mori" que les cadavres sur le champ de bataille ?

Une autre pause, plus longue, plus dramatique, puis en un instant, Koenig se radoucit, se redressant dans son fauteil, esquissant même un sourire polis, quasi-sincère.

-J'espère avoir répondu à votre question. Mais bien sûr, vous deviez déjà le savoir. Maître de Guerre Luptan, une fois encore, ne perdez pas votre temps à me considérer comme un novice à qui l'ont peut distribuer ses conseils, pas plus que quelqu'un qui peut être troublé ou adouci par une alternance d'éloges et de reproches.

On peut exiger beaucoup d'un militaire, mais pas d'obéir quand il ne reçoit aucun ordre. Vous connaissez mes motivations, ce que j'ai fais, et ce que je fais avec la Légion en Alévia. Maintenant, vous pouvez me congédier, et j'obéirai, ou nous parlons de cette paix qui, à vous entendre, semble bien fragile.

Pourquoi vous pensez une telle chose ne me regarde pas -et ne m'intéresse pas plus ; en revanche, si vous souhaitez évoquer des manœuvres, des plans, des assauts, des sièges, pour lesquels vous souhaiteriez mon concours, alors je suis à votre disposition, et je vous prie de croire que ces hommes, les désignant du bras, derrière lui, sont justement ceux avec qui je peux discuter de stratégie.


Un autre sourire.

-Nous parlerons de rétribution plus tard, nous ne sommes pas des marchands.
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